RALLYE DE NOUVELLE ZÉLANDE : LE CARNET DE BORD DE MATTHIEU
 

Samedi 2 avril
Après deux jours de voyage, Brice et moi sommes un peu déboussolés. Il faut compter 3 ou 4 jours pour s’habituer au décalage horaire (+ 10 h). A 18 h, la fatigue se fait sentir et il est impossible de tenir debout si bien que nous nous couchons.


Dimanche 3 avril
Vers 6 h : réveil avec le jour et prêts pour faire une grosse journée. Nous récupérons tranquillement notre équipe, Top Run, que nous n’avons pas vu depuis nos essais en Italie. A cette occasion, nous avions réglé nos baquets et d’autres détails dans la Subaru Impreza Spec C GrN.


Lundi 4 avril
Journée consacrée à l’essai de notre monture pour se mettre dans le bain. Il faut s’adapter aux freins d’origine, essayer les pneus disponibles… Notre expérimenté équipier gallois, Mark Higgins, nous aide à appréhender le revêtement spécifique de la Nouvelle-Zélande.


Mardi 5 avril

Lever à 5 h pour le départ du premier jour de reconnaissances à 8 h. Nous avons de la marge ! Nous utilisons un 4x4 avec conduite à droite. Les cordes ne sont pas forcément faciles à voir pour une prise de notes. Comme sur tous les rallyes de championnat du monde, le timing est hyper serré, surtout qu’il faut veiller à respecter les limitations de vitesses. La Police est présente partout.
On effectue beaucoup de kilomètres durant ce rallye. D’Auckland, les parcours chronométrés proposés sont à 150 km au nord, où le parcours est très rapide et assez large, et à 160 km au sud, où il est plus sinueux et étroit ; il comprend la célèbre spéciale au bord de la mer, Whaanga Coast, que l’on voit souvent en photos.

Michel Roissard qui m’a aidé et m’aide toujours dans mon rôle de copilote, m’avait prévenu que le tracé ressemblait à la Finlande sans les bosses. Une fois sur place, c’est extraordinaire comme le style de routes est identique : très très rapides, avec beaucoup de « ciels » suivis de virages.
Quand on le dispute pour la première fois, c’est déroutant. Des endroits sont sous notés : avec les 80 km/h imposés pour les reconnaissances, on a dû mal à apprécier la vitesse de passage réelle, qui est de… 160 km/h en course. L’avantage est indéniable pour les « habitués ». Le Japonais Arai nous l’a confirmé : « Les concurrents me « mettaient » entre 30 et 40 secondes par spéciale il y a trois ans. » Tout le rallye, il s’est battu pour le podium du Production.
Après une telle journée, on n’a qu’une hâte : récupérer à l’hôtel. Dans le nord, il y a beaucoup de motels ou de chambres d’hôtes. Toutes les grandes équipes ont réquisitionné le rare hôtel de Whangarei. Nous nous sommes retrouvés dans le chalet d’un camping en pleine nature, avec nos deux lits dans la même pièce. Un autochtone arrivé d’une cahute nous a accueilli avec une lampe torche ; on ne comprenait rien de ce qu’il disait.


Mercredi 6 avril
Reconnaissances dans le Nord alors que la veille, nous étions dans le sud. Les paysages sont moins jolis, car il n’y a pas la vue sur la mer. Les spéciales sont beaucoup plus rapides et un peu plus larges.


Jeudi 7 avril
Matinée assez tranquille. Comme nous avons roulé lundi, nous ne participons pas au shakedown de l’organisation. J’en profite pour finir de préparer les notes, de m’occuper de l’organisation. L’équipe peut travailler sur la voiture.
L’après-midi, promenade dans Auckland et achats de quelques cadeaux.
La cérémonie de départ du rallye a lieu le soir à 19 h près du port avec tous les voiliers dont quelques-uns de la célèbre America Cup. Au programme : danses maori, feux d’artifice… devant un nombreux public par rapport à celui dans les spéciales. On a l’impression que tout le monde se fout du rallye. Il n’y a d’ailleurs aucune promotion effectuée : pas d’affiches… Là-bas, ils sont à fond tuning. Comme la vitesse est limitée, leur « sport auto préféré » est les vendredi et samedi soir, le démarrage première/deuxième aux feux tricolores. Les néo-zélandais qui n’importent aucun produit industriel et surtout alimentaire, pratiquent beaucoup de sport : jogging, roller, vélo…
De toute ma carrière, c’est le podium de départ où j’ai le moins attendu. Tout est minuté. Notre horaire de passage était à 19h58 et nous sommes passés à 19h58. Tant mieux. Il fallait que l’on retourne en voiture dans le nord, à Paparoa, lieu réel du départ de la première étape


Vendredi 8 avril
Sur ces routes limitées à 100 km/h, nous suivons les concurrents et sommes les derniers de la file. La Police nous arrête toute sirène hurlante - que nous n’avons pas entendu de notre habitacle bruyant - avant le départ de la première spéciale, à 4 minutes du pointage. Après discussions, le policier accepte de nous laisser partir. Nous n’avons pas vraiment le temps de bien nous préparer. Les freins n’ont pas bien chauffé. Au bout de 200 m, la Subaru se met à l’équerre. Ca nous calme ! Au bout de 25 km, nous accusons 38 secondes de retard. Un rude coup au moral. Nous n’avons pas effectué le bon choix de pneus : du « large moyen » en gomme, pas du tout adapté au terrain.
Pour l’après-midi, notre seul choix est de partir en en « fin soft » comme les premiers. Nouvelle erreur : il fallait faire l’inverse !
Après le flexi-service, nous nous retrouvons avec un concurrent qui pointe en retard, et ne se laisse pas doubler après 10 km chronométrés. Nous perdons encore 40 secondes.
Cette première journée est assez négative : nous naviguons autour de la 11e place et commençons à nous poser des questions. C’est difficile de se retrouver aussi loin, même pour une reprise.


Samedi 9 avril
Nous essayons de refaire notre retard, cette fois en effectuant le bon choix de pneus – Mais nous avons marqué plus de durs que de « soft » - et des changements de réglages sur la voiture.
Dans la spéciale, Brice dit d’un coup : « Le volant se détache ! » L’entretoise au milieu pour allonger le moyeu se desserre effectivement et nous oblige à ralentir durant deux spéciales. Même si nous avons réussi à resserrer avec une clef, le volant n’a pas tenu ainsi plus de 2 km.
Les réglages d’amortissement réalisés petit à petit nous permettent de nous rapprocher des premiers temps. Brice sait qu’il peut se battre avec les leaders. Notre contre-performance est à mettre sur le compte de la méconnaissance du terrain. Les 350 km engrangés vont nous servir pour les prochains rallyes.


Dimanche 10 avril
Les nouveaux réglages nous permettent de signer de très bons temps. Nous poursuivons sur le même rythme. Mais un souci de distance dans un virage nous fait sortir large : la roue arrière droite tape un talus et s’ouvre. Nous finissons comme ça. Nous hésitons à disputer les 32 derniers kilomètres. Mark Higgins - qui abandonnera par la suite - nous conseille pour réparer et nous réussissons à « détordre » le triangle en sautant à pieds joints dans le coffre arrière. Alors qu’à un moment donné, la 6e place était en poche, nous terminons ainsi et 9e à 33 secondes du 8e. Un peu rageant quand on sait l’attente de 20 secondes dans l’ES afin de ne pas gêner le concurrent suivant qui n’est… jamais venu.
Lors de la cérémonie d’arrivée, nous n’attendons pas non plus. L’organisation est très performante. Tout est encore parfaitement minuté et se passe rapidement. D’ailleurs, le dernier pointage du rallye est sur le podium. Dessus, interview du pilote, remise de médailles sur lesquelles sont inscrits « finisher », signifiant bien que l’on a bel et bien fini !

Je n’ai pas le temps d’aller sauter accroché à un filin pour 192 mètres de descente à partir de la plate-forme de la grande tour d’Auckland. Dommage, mais ce n’est que partie remise…


Lundi 11 avril
Après un peu de repos, retour vers la France (ou plutôt départ dimanche soir avec le décalage horaire) dans un avion où l’on n’a pas beaucoup de places pour bouger, et ou dormir est très difficile car on n’est pas dans le bon horaire.


Mardi 12 avril
Arrivée le soir à la maison. Très fatigué et content de retrouver ma femme et mes montagnes…

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J’ai aimé
- Ce rallye est le plus beau que j’ai disputé de ma carrière.
- Les paysages magnifiques.

Je n’ai pas aimé
- L’esprit suisse allemand sur la route. La réglementation concernant les vitesses, hyper stricte (70 ou 100 km/h), est respectée scrupuleusement. Si vous doublez une voiture à 102 km/h, son conducteur vous fait des appels de phares ! Les néo-zélandais sont un peu justiciers.

- Auckland a l’air « faux ». Tout est propre. On se croirait à Disneyland. Dimanche après notre arrivée, il n’y avait pratiquement que Brice et moi qui nous promenions dans la rue où les boutiques sont pourtant ouvertes. Le week-end, ses habitants préfèrent partir à la campagne.
- la nourriture. Je n’ai jamais vu autant de Mac Donald, Burger King, KFC…. C’est vraiment dur de trouver un « bon » restaurant.
- 28 heures d’avion, 6 heures d’escales.

scott usa