RALLYE DE CHYPRE : LE CARNET DE BORD DE MATTHIEU
 

Jeudi 5 mai
Eh oui, déjà sur place ! Le crochet par l’Italie afin de participer à un rallye a été annulé, la Subaru Impreza n’étant pas encore revenue de Nouvelle-Zélande. Avec Brice Tirabassi, nous nous sommes donc retrouvés plus tôt que prévu à Chypre. Durant quelques jours, nous avons pu nous adonner au ping-pong, au tennis, profiter du soleil, de l’eau (de la mer et de la piscine)... Un peu de villégiature, ça ne fait pas de mal ! Mais j’ai quand même bossé. Le matin, j’en ai profité pour repérer les lieux du rallye, HQ, parc d’assistance, cérémonie de départ…, et pour parcourir notamment les liaisons que je savais impossible à reconnaître durant les reconnaissances officielles. Enfin une bonne chose de réglée. Les copilotes déjà arrivés ont bataillé dur avec les organisateurs pour leur demander une rallonge sur le timing des reconnaissances, celui prévu s’avérant très difficile à respecter. Un rab d’1h30 a été obtenu.


Dimanche 8 mai
Dernier jour de « repos ». Tennis en fin de journée pour bien décompresser avant les journées qui nous attendent.


Lundi 9 mai
On attaque les choses sérieuses : vérifications administratives durant lesquelles je récupère tout le nécessaire pour les reconnaissances (GPS, numéros…). Le shakedown privé initialement prévu pour notre équipe ce jour-là est annulé. Le bateau qui amène la voiture a pris du retard. Nous en profitons pour préparer notre 4x4 de reconnaissances : pression des pneus (de tous les pneus. Cela nous rendra un grand service le jour suivant…), bidons d’essence supplémentaires, installation du GPS de reconnaissances et de la camera (qui sera aussi très utile pour le mercredi…).


Mardi 10 mai
Trois spéciales figurent au programme des reconnaissances. Le départ est fixé à 10h45. L’emplacement de notre hôtel nous permet de gagner quelques kilomètres. On part avec une heure d’avance, pensant nous retrouver dans les premiers sur la route (ou plutôt le chemin) de la spéciale. Et on se retrouve 10e dans le convoi. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée !
La prise de notes s’avère aléatoire. Elle se déroule dans la poussière du concurrent précédent, sans dépasser les 35 km/h (nous mettrons 1h20 pour parcourir 38 km !) et les 45 km/h lors du deuxième passage, en zigzagant entre les pierres avec notre 4x4 de location.
Je suis inquiet pour les reconnaissances de demain car nous aurions du finir avec 1 heure d’avance. Et finalement nous bouclerons notre drenier passage juste dans les temps.En raison d’une crevaison, et d’une biellette de direction tordue, nous allons devoir changer notre 4x4 le soir même à Limassol. Comme si la journée n’avait pas été assez éreintante : pas de pause repas !
Et de retour à l’hôtel, il faut encore corriger les notes. Et gros dodo !


Mercredi 11 mai
Réveil à 5h15.
Les « routes » sont plus rapides que la veille mais toujours très lentes – Vous m’avez suivi ? Même si nous passons la journée à éviter les trous, le 4x4 est en piteux état le soir. Sans s’être arrêtés le midi, nous ne pouvons effectué un deuxième passage dans la dernière spéciale à reconnaître (l’ES7, la première du deuxième jour). Du coup, le soir, c’est séance vidéo ! Quelques notes sont corrigées. Brice n’est pas plus inquiet que ça. Avec l’habitude du championnat de France Terre, il prend de bonnes notes dès le premier passage.
Pour l’instant, tous les rallyes sont nouveaux pour nous deux. Nous passons donc plus de temps à faire les liaisons. Cela occasionne un peu plus de fatigue supplémentaire…



Jeudi 12 mai
On se lève encore tôt. Il faut aller au shakedown ! La veille, nous avons « récupéré » équipe et voiture toute neuve comme prévu. Nous effectuons une quinzaine de kilomètres de roulage. Pas plus afin de ne pas l’abîmer. Et puis, quand on se sent bien dans une auto, ce n’est pas la peine de chercher midi à quatorze heures.
On ne pensait avoir qu’un choix de pneus à effectuer. Il s’avère qu’il y en a deux. On s’est bien renseignés auprès de Pirelli car on ne veut pas faire la même bêtise qu’en Nouvelle-Zélande. Ce ne sera pas le cas.
Retour à l’hôtel, piscine. Puis direction Limassol pour la cérémonie de départ à 20h30.




Vendredi 13 mai
On avait décidé de ne pas attaquer dans les premières spéciales, les plus cassantes du rallye. Dans la première ES longue de 38 kilomètres, on ne voulait tout de même pas être écarté des premières loges comme en Nouvelle-Zélande. Notre équipier Mark Higgins signe un temps de folie, mais connaîtra quelques soucis qui se termineront par un incendie dans le compartiment avant de sa Subaru. ES1 : on signe le cinquième temps mais on se retrouve quatrième car Ligato plus rapide que nous de 3 secondes, écope de 10 secondes de pénalité et on poursuit sur ce rythme ; ES2 : quatrième ; ES3 : quatrième. Belle régularité ! A l’assistance, l’auto est « remontée » afin d’éviter les pierres et de « racler » le sol dur.
Cette fois, il faut hausser le rythme dans la première partie de la spéciale de 38 kilomètres. Les rebondissements sont nombreux chez nos adversaires : Higgins abandonne, Arai sort et Pons crève (encore). A l’arrivée, on réalise le temps scratch et on se retrouve en tête du Groupe N (PWRC) avec 1 minute et 20 secondes d’avance.
La stratégie de course change un peu. Pour finir dans le fauteuil de leader, il faut rouler au milieu. Mais voilà, on perd une minute à cause du triangle avant droit fendu au niveau de l’attache. Il faut encore disputer une spéciale avant de rallier l’arrivée de cette seconde étape. On essaie de le faire tenir tant bien que mal et on roule tranquillement. Par chance, elle ne fait que 9 kilomètres mais on concède encore une minute. Coup de téléphone à l’équipe. Elle nous avertit que nous sommes toujours leader avec 11 secondes d’avance sur le deuxième (lui-même ayant eu des problèmes). On roule doucement jusqu’au parc d’assistance avec une roue allant en avant, en arrière et un pneu qui frotte de plus en plus sur l’aile.
Cette première journée s’avère mouvementée, mais le résultat est au bout.


Samedi 14 mai
Sur la liaison, on reçoit un coup de fil. Villagra, notre premier dauphin, s’est arrêté après le parc d’assistance : pont arrière cassé. La marge devient plus importante : Beltran est à 47 secondes. Nous partons sur un rythme inférieur à ce qu’on s’était fixé. Et notre adversaire aussi. Si bien qu’au terme des 30 kilomètres, nous lui collons 40 secondes. On a laissé ensuite les Arai, Pons et Ligato batailler pour les temps scratch.
On savait qu’il fallait terminer. Et on prie pour que la mécanique tienne. Une situation plutôt stressante. Avec 3 minutes d’avance lui aussi, Sébastien Loeb qui pointe devant nous (ordre de départ inversé par rapport au classement pour les 15 premiers), avoue adopter la même tactique que nous et attendre avec impatience le dimanche après-midi.


Dimanche 15 mai
Comme tout le reste de la semaine, on se lève tôt. On gère notre place de leader en roulant tranquillement et on passe la journée à attendre l’arrivée finale. Tout le monde se cale sur les temps des autres.
Enfin voici le temps de savourer cette première victoire en Groupe N, ma première en Mondial. Dans la dernière spéciale, Brice et moi avons passé notre temps à rigoler ! La ligne du chrono est franchie, le dernier pointage et c’est le moment de délivrance. Formidable. Les coups de fils pleuvent. Jean-Pierre Champeau qui a suivi notre course par internet, est le premier à nous féliciter. Ma femme et les amis suivent… Monter sur le capot en vainqueur ne m’est pas arrivé depuis l’époque de la 206 avec Bryan Bouffier. Podium, photo et remise d’une énorme coupe.


C’est en fin de journée que nous apprenons qu’il existe un problème au niveau d’une pièce sur plusieurs subaru sujettent à un contrôle technique. Le classement est suspendu. J’espère que la FIA ne va pas nous enlever nos 10 points.
Nous arrosons cette victoire avec nos équipiers du Groupe N. Elle nous met en confiance pour la prochaine manche qui se déroulera en Turquie. Sur ce terrain plus roulant qu’à Chypre, nous allons tout faire pour figurer à nouveau sur le podium et marquer un
maximum de points.


Lundi 16 mai
Retour en avion plus tard que prévu en raison d’une impossibilité d’atterrir en France à cause d’une grève pour le lundi de pentecôte. Décollage à 13h au lieu de 10h.

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L'anecdote
A l’hôtel nous avons rencontré un couple de belges. Ils ne connaissaient rien au rallye. Ils sont venus nous rejoindre au moment du podium. Le soir, lorsque nous sommes rentrés à l’hôtel, nous avons eu la surprise de trouver champagne et flûtes dans la chambre. Ils l’avaient commandé à notre intention. Nous avons passé la soirée avec eux. Sympa !

J’ai aimé
- Ce premier succès en championnat du monde

Je n’ai pas aimé
- Le rallye en lui-même. C’est aberrant de faire rouler des Groupes N et même des WRC sur ce type de chemins. La voiture passe entre des ravins profonds et des rochers. Aucun droit de sortie. La seule solution est de rouler au milieu. On va d’un virage lent à un autre. Au niveau pilotage et copilotage, ce n’est pas très intéressant. Il suffit de suivre les traces dessinées par terre en évitant les pierres.
- La mentalité des habitants. En montagne, ils n’aiment pas vraiment que des touristes viennent les embêter. Ils ne sont pas coopérants.
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scott usa