ARCHIVES : DAKAR 2005 - INTERVIEW CROISEE - MATTHIEU BAUMEL
 

1) Quelles sont tes impressions ?
Es-tu satisfait de votre parcours dans ce Dakar 2005 ?


Je suis hyper content ! Tout ce qu’on a fait là-bas est très positif. Quand nous sommes parti pour ce Dakar, nous avions deux craintes : Le passage des dunes et la navigation. Sur les 15 jours de ce Dakar, on a pu remarqué que dans les dunes nous n’étions pas mauvais. Guerlain se débrouille super bien, et moi, dans la navigation, je ne me suis pas vraiment perdu. On a toujours été dans les temps sauf bien sûr dans cette fameuse étape n°7 où on a cassé le pont arrière de notre Bowler. Mais tout ça a été très positif pour tous les deux. On a pu montrer qu’on était dans le coup très rapidement et aller au bout de ce Dakar. C’était les deux objectifs. On peut dire que le contrat est bel et bien rempli ! C’est tout positif !

2) Qu’as-tu le plus aimé dans ce rallye-raid ?


Sans hésitations, les dunes ! C’est vraiment ce que j’ai préféré pendant ces quinze jours ! Les paysages, les franchissements, c’était vraiment génial !

3) Qu’as-tu le moins aimé dans ce rallye-raid ?

Les derniers jours de courses où on était sur des pistes uniques ! Et cela pour deux choses : Premièrement en navigation, à part des carrefours à signaler, j’avais beaucoup moins de travail. Deuxièmement, il y avait beaucoup de poussières. Quand tu es dans la végétation, la poussière ne part pas et cela devient très dangereux de rouler sur ces routes. En rallye traditionnel, on sait où on va, on fait des reconnaissances, on a des notes, rien n’est inconnu. Sur le Dakar, tu as beau faire toutes les préparations que tu veux, tu peux être le meilleur copilote du monde, il y aura toujours une inconnue, un danger qui sera toujours là ! Cette année en plus, quand on écoutait « les anciens » ce Dakar était vraiment dur. En plus on a eu de très mauvaises conditions climatiques, c’était vraiment pas facile.

4) Qu’est-ce qui t’as le plus marqué ?

L’énorme organisation qu’il y a autour du Dakar m’a beaucoup impressionné. Quand tu vois tout le matériel qu’il y a à trimbaler, d’un bivouac à l’autre ! Tout ça sans qu’on s’en aperçoive ! Tu parts le matin il y a un énorme bivouac, tu arrives 1000 Km plus loin et tu retrouves le même bivouac ! Mais ce qui m’a encore plus marqué, ce sont les écarts entre les concurrents ! Nous, en rallye, on a l’habitude de se battre en secondes ! Là, ce n’est pas du tout le cas ! Quand tu parts d’Espagne, les écarts sont encore en secondes et tu réagis comme en rallye. Tu te dis « Arf, ils nous mettent trois secondes, c’est énorme, comment va-t-on faire pour rattraper ça ! ». Tu arrives au Maroc, les écarts se comptent déjà en minutes. C’est des minutes car des spéciales de 300, 350 Km sont les plus longues spéciales de ma vie ! En fait, tous les jours c’était les plus longues spéciales de ma vie ! (Rires ! …), tu commences déjà à compter en dizaines de minutes, « 10 minutes, c’est beaucoup mais bon c’était une longue spéciale, on verra demain » Mais quand tu arrives sur les épreuves de 600 Km dans le désert où après ça se compte en heures ! Là franchement, ça fait un choc ! Et lorsque que tu es au septième jour et que tu vois des concurrents à plus d’un jour derrière toi, tu hallucines !

5) Qu’est-ce qui t’as le plus manqué ?

Guerlain a du dire son chien ! non ?! (Rires !…). Moi, ce qui m’a le plus manqué, c’est de pouvoir communiquer avec ma chérie et ma famille quand je voulais. Quand tu es perdu en plein milieu de nulle part, le téléphone portable ne passe pas, notre téléphone satellite était souvent en panne et les communications pas forcément bonnes, du coup on a pas eu la possibilité de savoir ce qui se passait et rassurer notre famille et nos amis. En Espagne et au Maroc, les communications étaient bonnes, ainsi qu’au Sénégal, mais entre les deux, c’était impossible. Lorsqu’on est tombé en panne dans le désert, nous n’avons pu prévenir personne. J’ai su après que tout le monde était très inquiet pour nous.

6) C’est la première fois que tu partais quinze jours avec Matthieu, comment s’est passé la cohabitation ?

Je savais avant de partir qu’il n’y aurait pas de problèmes. Même dans les moments difficiles, on ne sait jamais énervé, tout s’est vraiment bien passé entre nous. On est arrivé à Dakar comme on est parti de Barcelone. Il n’y avait aucunes raisons de s’engueuler, on était tous les deux dans la même galère. Lorsqu’on discutait avec les autres équipages, on sentait que pour certains, il y avait eu des moments de tensions. Nous, on n’a pas connu ça, à aucun moment ! Je n’ai vraiment rien à reprocher à Guerlain, même au bivouac ou dans la tente, il ne ronfle même pas ! (Rires ! …)

7) Si tu devais faire le Dakar l’année prochaine, que referais-tu ? Et que ne referais-tu pas ?

Je préparerais mieux l’environnement intérieur de ma voiture, parce que tu te rends compte qu’au bout de quinze jours, tu es mal assis, tu as mal au c.., les trucs que tu as préparé ne vont pas forcément bien, par exemple, un casque de rallye, ce n’est pas ce qu’il faut parce que ça te serre trop la tête. Pleins de petits trucs d’organisation que je ne pouvais pas savoir avant de partir. Mais surtout, je repartirai avec Guerlain ! En espérant ne pas avoir de casse et d’avoir une voiture qui nous permette de nous battre avec les premiers !

8) Quels enseignements tires-tu de ce Dakar ?

Sur une course comme ça, il ne faut jamais s’énerver ! Il faut absolument rester zen ! C’est déjà assez dur physiquement et moralement, alors si tu ajoutes de l’énervement, ça ne peut pas marcher. On a travaillé le zen avec Guerlain. Il faut vraiment rester cool sur ce genre d’épreuve si tu veux aller au bout.

9) Et maintenant, quel est ton programme ?

Mon souhait c’est de courir encore longtemps avec Guerlain. On s’entend super bien, Guerlain est un très bon pilote, je sais que tous les deux on peut faire de bonnes choses.
Je ne sais pas encore ce qu’on va faire cette année. Mais ma priorité, c’est Guerlain, ça c’est sûr !


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